Feb 8, 2009

Un Barbu Veille (actionning topography)

J'eus quelques années durant (jusqu'à tard vraisemblablement, 15-16 ans) pour habitude des plus ordinaires de coller sur la porte de ma chambre rémoise les mini-fiches qu'offraient en ce temps-là chaque numéro du mensuel Première (et/ou Starfix ?), afin de constituer un authentique mur d'affiches au 1/je sais pas combientième.
Sans tri préalable j'y scotchais tout, légèrement de guingois le plus souvent (je n'étais et ne suis pas plus habile de mes mains), l'abondance prévalant sur la drastique et éclairée sélection: il me tardait d'atteindre le bas (de la porte, pas de la cinéphilie, encore que...).
Je n'ai bien sûr plus le menu en tête et seuls quelques visuels sont demeurés inscrits dans mon esprit, sans pour autant avoir toujours vu alors les films qui leur étaient liés: Full Metal Jacket, La Mouche, La Couleur de l'Argent, mais aussi True Stories, de et avec David Byrne, ou le plutôt oublié Vamp, kitscherie caninesque et jipégoude-like (avec Grace Jones, ce qui appuie l'impression !)...

Les murs de ma chambre n'étaient pas en reste et répondaient au chambranle garni: de flamboyants posters venaient à en couvrir largement le motif marronesquement floral'78 (et ouvertement hypnotique), demeuré inchangé neuf ans plus tard. Là encore, le tri ne dictait guère le punaisage et il me revient à l'esprit, illustrant le relâchement éthique qui présidait en ce lieu, ce vaste poster (dégraffé d'un magazine, mais lequel ? Starfix ? Impact ?), tout en denim délavé (et garni d'une entrejambe tendue !) et bretelles-uzis, qui alertait l'opinion crédule au sujet d'une invasion des USA surplombant ma couche. Heureusement, notre ami Chouque Norris, brushingé jusqu'au menton -et sans avoir eu le temps de se boutonner le poitrail-, veillait (preuve ce sourire monalisesque, entre le rictus et la banane) !
Je ne nourrissais pas un culte particulier à l'endroit du gaillard au kick-indaface facile, même si j'étais prêt à interrompre une partie de Green Beret (sur C64) pour m'envoyer un Portés Disparus ou un Delta Force de derrière les fagots, le petit père demeurant avant tout, et à jamais dans mon esprit, le gros balourd poilu que Bruce Lee tançait d'autorité féline (et westernement spaggetheuse !), à la fin de La Fureur du Dragon.



Les portes de mon placard coulissant étant quant à elles délicieusement ornées d'une putassière (et très Cruising-like !) affiche 60x160 (format dit « du pantalon ») du Marginal, bébelesquissime et à peine moins enfouraillé que le Chouque.

Je ne dirais cependant pas que le cinéma d'action, malgré ces trompeuses apparences, constituât un authentique et fondamental courant formateur à mon éveil cinéphilique (ou alter-). Pas dans la mesure du cinéma fantastique s'entend.
Certes nous nous laissâmes abuser par les promesses de la Cannon de Golan et Globus (grands pourvoyeurs nanardeux en fighteries opportunes) et nous purent nous prendre, un après-midi ou deux d'ennui camescopé, pour un ninja bleu, rouge ou vert, singeant par là même Michael Dudikoff (je crois d'ailleurs n'avoir vu qu'un ou deux American Warrior avec ce pedopsychiatre repenti quoiqu'authentiquement russo-californien).

C'est entendu: Bruce Lee avait l'heur de nous fasciner volontiers (quoiqu'assez honteusement, nous semblant l'idoles des bourrins) et la dimension fighteuse du courant SF post-nuke ne nous embarrassait pas plus que ça, bien au contraire (je n'ai cependant jamais vu plus que quelques extraits du so famous Rush, chez un ami nogentais)..
C'est confessé: nous luttions pour ne pas nous lever avec toute la salle tonnerdapplaudissant Rocky tandis qu'il éclatait (in extremis, le gros malin) la tronche d'Ivan Drago ou le boitillant « Daniel-san » Larusso* lorsqu'il tatanait le menton de ce gros fumier de Kreese.
Mais malgré tout, et si encore nous nous exclamions d'aise devant le cartoonesquement too much Commando de Mark Lester et ne crachions pas sur quelques Jackie Chan (enfin, rien d'antérieur à son adoubement US, par le truchement de la pierre automobilo-angulaire que constituait Cannonball II), nous piaffions davantage d'impatience en 87 à l'idée de voir Evil Dead II plutôt qu'à attendre le bradeféreux Over the Top et comptions plus volontiers les jours nous séparant de la sortie des Sorcières d'Eastwick (Miller + Nicholson= de quoi se pâmer, nan ?!) plutôt que de celle des Barbarians**.
Même les postulats fantastiques (le genre pas la qualité !) des Maîtres de l'Univers ou de Predator nous laissaient d'un certain marbre (quant bien même les deux productions étaient de niveaux diamétralement opposés), voire d'un marbre certain. Tandis que les vapeurs rosées (peu flagrantes sur l'affiche alors qu'ici davantage) et visiblement insane de From Beyond excitaient notre curiosité au plus haut point***.

Peut-être faisais-je là une économie regrettable (?) à pinailler ainsi, à dilletanter de la sorte et piocher négligemment dans cette scène ? Mais ne me reconnaissant pas dans le fan de base, coreligionnaire sur le banc des cantines cantonales où les premiers attablés ne manquaient pas de cracher dans les brocs d'eau (quand ce n'était pas dans les entrées, fort peu judicieusement servies avant même l'installation d'élèves aussi mal dégrossis que généreux en pilosité à l'irrégularité cruellement injuste (garçons et filles étant logés là à la même et hormonale enseigne), le tenant même à une certaine distance avec ce qui m'était permis alors (c'est à dire en sous pull acrylique et bouchons de sébum mal appréhendés) de suffisance et de juste mépris: le cinéma d'action était pour les gros cons (un avis que certains cinéphiles décérébrés persistent à penser en se gargarisant, sur de leur bon goût, de l'Eastwood '08) !
Pourtant comme tout « male teen » 80's lambda (ni caïd ni martyr ni ovni) j'étais évidemment séduit (même si « luttant » contre (le modérant à tout le moins !)) par les artifices et les outrances de ce style testostéroné, prodigue en artefacts de domination sexuelle, prolixe en décharges adrénaliniques et jouant littéralement la carte de l'open bar en termes de victoires orgasmiques,... seuls succédanés viables à une sexualité encore très théorique et largement auto- « satisfaite »...

Mais voilà, c'est dans le déni solitaire de l'alcôve (là aussi) que se donnait ma relation avec cinéma à gros bras... Chuck veillant de toute sa poitrine luisante sur mon sommeil. Enfin seulement après que Marilyn Chambers ou la "truffaldienne" Térésa Orlowski ne soient passées mentalement me rasséréner un brin.
* quasi sosie du jeune Krapulax !!

** qui, en bons geeks,
nous séduiraient davantage aujourd'hui !

*** loin d'avoir été promptement satisfaite,
nous n'avons toujours pas vu cette bande
(dont l'urgence ne nous semble plus la même...)...