Enclavée entre forêt, échangeur d'autoroutes, centres pénitentiaire et commercial, la cité pavillonnaire n’en revêtait pas moins à mes yeux ce charme grisant d’une petite bourgeoisie en marche, anglophile et croulant déjà sous le consumérisme galopant des années 80 naissantes.
Ainsi de ce mini-salon. Où.
L’œil, même modérément fureteur, ne tardait pas d’y noter la présence d'une fausse cheminée de coin, faite de vraies briques et de bûches factices, et dont on déclenchait le rougeoiement - guère calorifère – au moyen d’une applique murale.
Un must entre le chic et le ringard, équilibre oiseux d’une époque ouvertement versée dans le côté obscur (kubricko-floydien), ici pour mon plus grand bonheur.
Le couvre-canapé, patchwork tricoté main (et maison !), aux gammes et motifs parfaitement effroyables (des modèles avaient pourtant été adaptés en housses de fauteuils de Super 5 !), parachevait promptement l’affirmation de l’option définitivement prise: la Bois d’Arcy's Touch, kitsch'n'toc.
Pour les âmes délicates n’y tenant plus (rares alors, reconnaissons-le), un prompt repli, espéré salvateur, s’imposait vers la (minuscule) chambre des filles, mes cousines. Plus jeunes et donc potentiellement plus éclairées.
Or, gagner l’alcôve réduite de ces deux demoiselles, aux lits escamotables -et dans le coffrage desquels étaient disposées avec plus de sens pratique que d’authentique goût, des coupures de presse et des photos toutes officielles de David Bowie, Dominique Rocheteau, Björn Borg et Daniel Balavoine (on notera ici le vibrant decrescendo)-, ne constituait pas objectivement un salut bien campé.
N’étaient là confirmées que l’exiguïté des lieux et cette triste patte stylistique, sans doute fort répandue dans le neighborhood, peu prodigue hélas en too much class.
Soit, fuyons alors la place jusque dans ce sous-sol apparent, fait pour part salle de jeu. Un projet affiché par cette énorme, et de fait envahissante, table de pingpong, inutilisable pour qui dépassait le mètre 63 ou pour les balles lobées, tant il était notable que le plafond avait été dressé à bout de bras par des maçons munchkins, prêtés pour l'occasion par la Fée du Nord.
On trouvait aussi, ça et là, bordant la table, verte comme chaussette trempée de stéphanois après une finale à poteaux carrés, quelques hauts barils de lessive judicieusement vidés, et dans lesquels étaient entreposées de nombreuses raquettes de tennis en bois, contraintes par ces hypnotiques X de fer, évocateurs de jupettes blanches allant de paire, ainsi que des tubes de balles Slazenger à l’odeur particulièrement grisante.
Ouvrant des portes de placards oranges, on tombait encore sur une caverne alibabesque de boîtes MB et Parker, parmi lesquelles un Pièges, un Destins et un Scotland Yard dont nous ne lassions jamais, tandis qu’un jeu à base d’empire pétrolifère incompréhensible pour une jeune âme comme la mienne, excitait au plus haut point les plus âgés…
Craignant toutefois une prochaine et fulgurante scoliose à rester ainsi courbé sur les plateaux pour y jeter les dés, laissons là la salle de jeux et remontons séance tenante, afin de gagner le jardinet. Non sans avoir traversé la kitchenette, temple du gadget en plastique, et son tourniquet mural à condiments (garni des premiers ketchups de mon existence, et de sauces plus farfelues les unes que les autres, à côté desquelles la Savora passait pour du simple vinaigre).
Là, sur la pelouse, authentique green pour minigolf, il n’était pas rare, lors des anniversaires de juin, de jouer une fois les cafés sifflés, au croquet. A une bonne huitaine, entre la balançoire, la balancelle et ses transats, et la desserte roulante à jus de fruits les plus musclés. Mais avec des maillets, pas des flamands.
Ainsi de ce mini-salon. Où.
L’œil, même modérément fureteur, ne tardait pas d’y noter la présence d'une fausse cheminée de coin, faite de vraies briques et de bûches factices, et dont on déclenchait le rougeoiement - guère calorifère – au moyen d’une applique murale.
Un must entre le chic et le ringard, équilibre oiseux d’une époque ouvertement versée dans le côté obscur (kubricko-floydien), ici pour mon plus grand bonheur.
Le couvre-canapé, patchwork tricoté main (et maison !), aux gammes et motifs parfaitement effroyables (des modèles avaient pourtant été adaptés en housses de fauteuils de Super 5 !), parachevait promptement l’affirmation de l’option définitivement prise: la Bois d’Arcy's Touch, kitsch'n'toc.
Pour les âmes délicates n’y tenant plus (rares alors, reconnaissons-le), un prompt repli, espéré salvateur, s’imposait vers la (minuscule) chambre des filles, mes cousines. Plus jeunes et donc potentiellement plus éclairées.
Or, gagner l’alcôve réduite de ces deux demoiselles, aux lits escamotables -et dans le coffrage desquels étaient disposées avec plus de sens pratique que d’authentique goût, des coupures de presse et des photos toutes officielles de David Bowie, Dominique Rocheteau, Björn Borg et Daniel Balavoine (on notera ici le vibrant decrescendo)-, ne constituait pas objectivement un salut bien campé.
N’étaient là confirmées que l’exiguïté des lieux et cette triste patte stylistique, sans doute fort répandue dans le neighborhood, peu prodigue hélas en too much class.
Soit, fuyons alors la place jusque dans ce sous-sol apparent, fait pour part salle de jeu. Un projet affiché par cette énorme, et de fait envahissante, table de pingpong, inutilisable pour qui dépassait le mètre 63 ou pour les balles lobées, tant il était notable que le plafond avait été dressé à bout de bras par des maçons munchkins, prêtés pour l'occasion par la Fée du Nord.
On trouvait aussi, ça et là, bordant la table, verte comme chaussette trempée de stéphanois après une finale à poteaux carrés, quelques hauts barils de lessive judicieusement vidés, et dans lesquels étaient entreposées de nombreuses raquettes de tennis en bois, contraintes par ces hypnotiques X de fer, évocateurs de jupettes blanches allant de paire, ainsi que des tubes de balles Slazenger à l’odeur particulièrement grisante.
Ouvrant des portes de placards oranges, on tombait encore sur une caverne alibabesque de boîtes MB et Parker, parmi lesquelles un Pièges, un Destins et un Scotland Yard dont nous ne lassions jamais, tandis qu’un jeu à base d’empire pétrolifère incompréhensible pour une jeune âme comme la mienne, excitait au plus haut point les plus âgés…
Craignant toutefois une prochaine et fulgurante scoliose à rester ainsi courbé sur les plateaux pour y jeter les dés, laissons là la salle de jeux et remontons séance tenante, afin de gagner le jardinet. Non sans avoir traversé la kitchenette, temple du gadget en plastique, et son tourniquet mural à condiments (garni des premiers ketchups de mon existence, et de sauces plus farfelues les unes que les autres, à côté desquelles la Savora passait pour du simple vinaigre).Là, sur la pelouse, authentique green pour minigolf, il n’était pas rare, lors des anniversaires de juin, de jouer une fois les cafés sifflés, au croquet. A une bonne huitaine, entre la balançoire, la balancelle et ses transats, et la desserte roulante à jus de fruits les plus musclés. Mais avec des maillets, pas des flamands.
Bois d’Arcy.
Ainsi donc, à Bois d’Arcy, tout était mini.
Mini, mini, mini, disaient les Jacques.
Mais si les proportions de mon père, massives et jouisseuses, lui auraient occasionné un franc embarras à vivre en de tels lieux, le gabarit de mes cousines, tonton et tata, dont les seules coupes de cheveux savantes permettaient sous la toise d'atteindre les 162 centimètres, s’avérait en parfaite et bienheureuse harmonie avec l’extrême petitesse ambiante.
Mais tous minis fussent-ils, ils possédaient un magnétoscope. Eux.
A l’affût alors du tout technologique, et aux revenus permettant la lubie, l’objet était naturellement prévisible céans, et avait déjà été annoncé avec logique à l’occasion des préalables acquisitions des pionnières consoles de jeux « de salon » (fruste Pong, rudimentaire Atari) ou portatives (le Snoopy Tennis développé en Game&Watch par Nintendo).
A la pointe de toutes modes –comme évoqué précédemment - et de tous les courants socio-culturels concernant leur classe de l'époque, aucun épisode de l’immense phénomène télévisuel d’alors, Dallas, n'était manqué avenue Santos-Dumont. Et quand bien même désormais, puisqu'ici maintenant « on avait un magnétoscope ».J’ignorais alors pour ma part combien l’appareil allait bouleverser mon entière existence.
Les applications locales allaient, on le devinait, essentiellement consister à ne louper donc aucun coup de pute de JR, en l’archivage de telle ou telle finale de Roland Garros, ou bien encore à rassembler religieusement l'immaculée filmographie d’Alain Delon depuis Monsieur Klein.
Mais qu’allais-je, moi, en faire ?
Pourquoi avais-je la conviction que cet objet m’était, entre tous, destiné ?
L’apparition des vidéo-clubs en était (pour ce que j’en suppute retrospectivement) encore à ses balbutiements (j’en ignorais alors et le concept et l’existence), mais j’étais convaincu : il me fallait à moi aussi un magnétoscope !
L’apparition des vidéo-clubs en était (pour ce que j’en suppute retrospectivement) encore à ses balbutiements (j’en ignorais alors et le concept et l’existence), mais j’étais convaincu : il me fallait à moi aussi un magnétoscope !
Aube des années 80 oblige, il nous faudrait aussi, à moi et à mon frère, des G&W Nintendo, une console CBS-Colecovision, un ordinateur familial (welcome to Commodore !), un Donjons&Dragons (auquel je ne comprendrais goutte, me rabattant sur de plus pratiques Livres dont Vous Êtes le Héros), un Merlin, un Casse-Brique,… ...que nous obtiendrions d’ailleurs tous, dans un ordre assez peu hiérarchique, mais dans une vaste dynamique de gosses pourris, malgré les modestes moyens de nos parents (eux aussi sans doute victimes de cette course effrénée de consumérisme de tous crins).


