Sep 8, 2005

Le Temps de Refaire l'Argenterie

Je le confessais à demi jusqu’alors, arrive le moment où il me faut prendre ce bât blessant à bras le corps : mon goût du gore a longtemps été unilatéral.
Unilongitudinal pour être plus exact.

Qu’on ne me parle ainsi pas, sans que je ricane bien bien, pendant des années durant d’Europe sur l’échiquier de l’Horreur cinégénique.
Savoir si mon rire robino-flynnien (poings surs les hanches) était fait de Oh ! Oh ! ou de Ah ! Ah ! était permis à qui m’avancait l’Italie ou l’Espagne sur un plateau sanglant.
Argento, Fulci (pour ne citer que les meilleurs) ou d’Amato déclenchaient chez moi une incompréhension ahurie et vite méprisante.

Unilongitudinal, donc oui.
Car rien ne valait l'horreur Nord-Américaine à mes yeux.
Il me fallait du clinique, du sociologique, de l’horreur réaliste, documentaire, white trash.
Romero, Cronenberg, ça oui. Maniac, ok. Craven et Hooper premières manières, nous sommes d’accord.
Mais l'évanescence croupie, les lenteurs atmosphériques des productions latines m’amenaient sans coup férir jusqu’au bâillement condescendant.
Les démonstrations colorées de Dario (et ses BO à dégobliner !), les séquences dialoguées ridiculissimes de Lucio (le célèbre « ne faites pas attention, elle doit sûrement avoir un problème cérébral ! » de Zombi 2), les montages putassiers (stock-shots et massacres d’animaux) des féroces holocaustes cannibaleux d’Umberto et de Ruggero, …avaient régulièrement raison de ma patience.
D’un rire las quoiqu’inextinguible, je mettais à l’index sanitaire de ma cinéphilie toutes ces choses et oeuvres dites branques et baroques.
Et retournais à mes Evil Dead ou mes Henenlotter (Frère de sang) et autres Cohenneries, à la weirdo-trasherie plus communicative.
Voilà.
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Mais.
Avouons, à la décharge des films latins (et à la mienne !), que les versions VHS de ceux-ci dont nous disposions alors étaient, en plus qu’outrageusement pan&scannées (recadrées au forceps, donc), largement coupées également en leur cœur : censures, distributeur prudents… les ciseaux de tous faisant rage au point que plus rien ne correspondait entre les photos de Mad Movies et les cassettes traîtresses, à la colorimétrie baveuse, qui campaient dans les vidéo-clubs.
L’intégrité des films nord-américains me semblait, elle, un poil plus respectée (un poil j’ai dit !).
Si tant est.

Par ailleurs.
Je goûtais pourtant à toutes les autres perversions bolognaises dites « de genre » (majoritaires dans les rayons Locatel) : complaisants westerns al dente, peu parcimonieuses madmaxeries parmesanées, fayoteux buddy movies (on y reviendra, oui !, sur le cas du Bud et du Terence !).
Je dépassais là l’opportunisme commercial, je chantais les vernis du fauché (la Z touch), écartais avec tendresse de mon analyse les possibles scories, les probables arnaqueries.
Mais ce que je pardonnais à ceux-ci, je ne le tolérais pas chez les artisans du film d’horreur.
Je ne voyais plus là que tâcherons, vils et pompiers pompeurs.
Bouffons, minables.
Pauvres types, en somme.
Et.

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Même.
Que je lise le rôle imparable d’Argento dans la production du so US ! Dawn of the Dead ou qu’on m’en fasse des caisses du giallo (psycho-killer à haute teneur graphique et fétichiste), je ne voyais qu’un brouet foireux et mégalo dans Suspiria, subissais un cauchemar sonore à suivre Phenomena.
La poésie morbide qu’on prêtait à Fulci me semblait une rhétorique fumeuse pour nier l’indigence patente de la moindre Maison fut-elle Près du Cimetière. Pouah.
Les fils de Mario Bava, putatifs ou biologiques, constituaient à mes yeux un bataillon de foireux histrions. Même le maestro, d’ailleurs : qu’est-ce que c’était que cette Baie Sanglante, mille fois inférieure à un bon Friday the 13th n°5 des familles ?
De la merde, de la merde, que de la merde je vous dis.

Puis enfin, un jour la grâce romaine me toucha.
L’âge ? Je n’en sais rien (le DVD aida, cependant).
Sans renier l’US Horror (mais la nuançant avec une hiérarchie bienvenue), la chose latine me fut soudain déchiffrée, assimilée. Et grandement saluée.
Le Panthéon dut s’élargir pour laisser entrer la tétralogie zombiesque* de Lucio Fulci.
Dario Argento parvint à placer la quasi-intégralité (mais toujours pas Phenomena !) de son grand œuvre parmi mes indéfectibles références : j’achetais même les disques de ses BOF (Moriconneuses ou Gobliniaques). Revisionnant tous ses films, je me pâmais d’admiration devant De Profondo Rosso.
Je goûtais encore l’esthétique malsaine et la terrifiante léthargie des meilleurs (et diserts) d’Amato (Anthropophagous, Blue Holocaust)…
Je saluais, et nous en resterons là pour cette fois-ci, les fulgurances insoutenables de L’Aldila, distinguant soudain tout le charme vénéneux, hypnotique et sensuel de ces productions pas si cheap que ça (le format d’origine, ça aide !), et surtout plus exclusives et visionnaires qu’il ne m’était d’abord paru.
Pour faire court.

J’étais sauvé. Dites !
Je m’ouvrais enfin au surréalisme napolitain, tout en tranches sanguinolentes.

* Saluons le remarquable travail de justice éditoriale qu’effectue
la maison Néo-Publishing dans le domaine du gore Fulcien !