Jun 2, 2005

Théorie du Bestiaire

Un requin, c’est déjà flippant.
Une araignée, ça peut, soyons honnêtes.
Un alligator, oui plutôt quand même, faut pas déconner.
Alors les mêmes devenus énormes (je ne vous dirais pas comment !) et là c’est la terreur limite hystérique dans le quartier, nan ?

L’horreur animalière, au fond, comme dirait Raymond Devos, ne se prend que par un bout de ses deux bouts : le surnuméraire ou le gigantisme (l’anachronisme fut aussi un courant, plus mineur). La SF 50’s post-atomique l’avait bien compris, Arac Attack aussi, fusionnant le tout.

Même Spielby, avec son brillant Jaws-jalon, préféra gonfler un rien les proportions de sa bébête, au kazoo.
Plus c’est gros plus c’est bon ? C’est pas moi qui le dit, c’est Linda Lovelace.
Les Dents de la Mer 1-2-3, Orca, La Mort au Large… pour peu que la jaquette vende bien l’affaire et le hanteur de vidéo-club à tous coups, sinon répétés, succombait*.

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Car ici le visuel devait cogner, le lexique seul ne suffisait plus.
Alors que les mots « zombie » ou « mort-vivant » m’auraient fait louer le moindre court-métrage de fin d’études agronomiques d’un redoublant bas-breton, la promesse gore/animale me laissait toujours un peu circonspect (je ne vis ainsi jamais Les Bêtes Féroces Attaquent de Fanco Prosperi, hit miteux d’alors) et je rechignais à louer le fond de catalogue du sous-genre si l’abracadantesque n’était pas fichtrement et complaisamment vanté.

Le fort fauché Incroyable Alligator, soutenu toutefois par la fameuse Sangria et ses Accords du Diable des lundis 88-89 de La 5 à Berlusco’, constituera dans cette optique une authentique pierre d’angle à ma vidéophilie finalement peu regardante.
Le bébé reptile balancé par les gogues, nourri aux égouts pollués par des carcasses de chiens victimes d’expériences stéroïdieuses de vétos peu scrupuleux (sic) et qui revient, huge !, pour massacrer une société corrompue et irresponsable, n’aura pas retenu mon attention d’alors pour ses courtes prétentions écolos mais bien pour ses échos de légendes urbaines, ses outrances gore et ses énormités peu scrupuleuses et diverses (qu’un humour de goût volontiers mauvais appuyait joliment).

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Le Lewis Teague alors aux manettes derrière le putain de gros caïman furibard, reprendra du service en proportions moindres avec un autre bestiau atrabilaire : le fumeux St Bernard d’un Stephen King infra-mineur : Cujo (puis avec l’encore plus ras du plancher Cat’s Eyes, histoire sans doute de clore une trilogie animalière à des années-lumières en dessous de celle de Dario Argento (L’Oiseau au Plumage de Cristal-Le Chat à Neuf Queues-Quatre Mouches de Velours Gris) ?)

Les barbares invasions, elles, et malgré la volatile vision cauchemardesque du gars Hitchcock, étaient principalement concentrées sur les insectes et autres petites merdes dégoûtantes (vers, limaces, etc.).
Un envahissement par milliers de dromadaires semblant moins percutant que celui opéré par des putains d’abeilles (The Swarm (1978), Killer Bees (1974)),

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des saloperies d’araignées (de l’Horrible Invasion (1977) au tardif Arachnophobie (1990)), des chieries de fourmis (le très particulier one-shot de Saul Bass Phase IV (1974)), des gluanteries variées (Frogs (1972), Squirm (La Nuit des Vers Géants, 1976)), des rongeurs craspecs (Willard (1971) et Ben (1972)) …

squirm

… et du tout à la fois (le dispensable cauchemar heavy-metalo-entomologiste Phenomena (1985)), on ne vit que peu de dromadaires dans les rayons horrifiques de mon Locatel.

Etait-ce alors un tort, un autre mal nécessaire ?
J’y réfléchis sérieusement et je vous en reparle.

Jun 1, 2005

Culte de la (Molle) Huître Bleue

Le samedi venu, et afin d’oxygéner une dense sélection de Fulci recadrés et autres Return-to-Nam-movies, la comédie Académyque, fort en vogue aux alentours de 84, était rarement boudée.
D’autant qu’elle s’avérait sans risque puisque permise grâce à l’imparable Locatel’s touch : 4 locs payées = 1 loc gratuite !

Ainsi de l’exagérément mythique (et prétendu matriciel) Police Academy.
Seule comédie à avoir été essorée autant qu’un Jason ou qu’un Freddy (sept films et une série animée !), alors qu’elle peinait presque à mener à bien son premier opus, cette production fut un bien (trop) gros succès lors de sa sortie. Estime et box-office étaient, dites !, tout tourneboulés.
Remember !
Mahoney était alors le summum de l’irrévérence douce et souriante (Marty McFly était cool, Ferris Bueller était cool, Peter Venkman était cool, …Carey Mahoney devait être supercool !).
Tackleberry offrait l’archétype du facho dégénéré mais si sympa (!?)... et Hugh Wilson tricotait un film-genre pourtant réchauffé, poussif, devant lequel aucun rire, même calviniste, ne pouvait être réprimé.

Réchauffé oui car, au-delà même de procédés déjà épuisés sitôt les premiers Landis et Reitman/Ramis, un certain Garry Marshall (futur réal de Pretty Woman), en pondant en 82 son hautement mémorable Docteurs in Love, peut-être plus spoof, gribouillait le Dogme du genre à venir : la comédie Académyque (présentement dans un hôpital).

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Irrévérencieusement chorale et platement communautaire, la comédie académyque consistait en l’évocation d’une bande (un casting d’anonymes souvent) de branleurs potaches, priapiques et surstéréotypés, aux prises avec une autorité, une administration, un système ridicule de rigueur inadaptée et pourtant opiniâtre.
La vie, quoi.
Et nous, devant, qui nous poilions. Grave.
Normal : la vie quoi. En mieux : justice slapstick !

Jusque là le genre s’était surtout contenté du seul contexte étréci des campus (Porky’s, Animal House,…), lui aussi laissé exsangue, et de celui des casernes (surtout chez les bidasses français), abandonné presque mort, sur le champ de bataille.
Mais rien ne nous interdisait de lancer un bon gros brainstorming pour trouver de l’apprenti teubé et roublard en masse hors des murs du lycée…
Dont acte et let the gaudriole play.
Mais.
Oui mais.
Car rien à voir avec la frange ZAZ (les conséquents et postmodernes Y’a-t-il … ?), ni même avec les inégaux Mel Brooks (parfois géniaux) ou les chase movies de Burt Reynolds/Hal Needham (et les comédies sportives en général), encore moins avec les Monty Pythons…
…à des années-lumières enfin des Bud Spencer & Terence Hill, la comédie Académyque n’aurait en commun avec ces tout derniers que la peau dure dans les souvenirs énamourés de petits vidéophiles nostalgiques en mal de rire replet.
Et symboliserait le summum de la comédie d’alors, ramassant large, sans effort et à peu de frais, les francs et les éclats de familles ne se retrouvant que pour dîner devant les frasques inoffensives et aux laborieuses inspirations (ne pas confondre, les amis, rythme et accumulation !) de ces apprentis roublards aux petits bras.

(soupir) Mahoney et ses potes semblent jouir d’un petit culte aujourd’hui, immérité.
On les place parmi les personnages des meilleures comédies vidéotimes, on les conseille aux plus jeunes, fans de Braïce ou de la pine aux pommes chaudes de Jim Levinstein (American Pie doit autant à John Hugues qu’à Hugh Wilson). Mais de qui se fout-on ?

Certes oui je triche et c’est bien le type d’aujourd’hui qui juge son énorme rire d’hier (le lieutenant Harris finissant la tête dans le cul d’un cheval !), mais j’accuse la comédie Académyque de ne pas avoir aidé son époque et ses compatriotes (le vernis bis, nanar ou Z lui étant par ailleurs étranger), nivelant sans cesse aucune vers le bas (la fausse impertinence !) et la monnaie facile. Sans instiller rien de novateur, de simplement valable.
Ou pire : d’intéressant.
Au fond allez ! ce que j’accuse, Zola de Locatel pour un temps encore, c’est de tout ceci la tiédeur.