Mar 25, 2005

Les Guerriers de la Route Milan-San Remo

Ainsi, on n’aurait rien inventé depuis Seven et Scream, œuvres ultimes et passablement post-modernes. Bien possible. J’ai vu Saw (James Wan) aujourd’hui, alors ouais, bien possible.
Si on écarte le pan asiatique et les remakes de classiques franc-tireurs 70’s, le fantastique contemporain serait bien, sacrément bien voui, biberonné au Fincher et au Craven.
Ouais. Bah.

Mais ce n’est rien, mes tout beaux, non, peccadille ! en comparaison à la résonance inouïe dont bénéficièrent 24 ans plus tôt deux oeuvres des gusses Carpenter et Miller.
Leurs New-York 1997 (Escape from NY) et Mad Max 2 (The Road Warrior) furent en premier lieu et dés leur prrime vision promus aux premières marches de Mon Hall of Fame. Que ce soit ici dit. Non mais.
Or, et visiblement, je n’étais pas seul.
Un pays entier m’accompagnait dans ma perspicace élection : l’Italie*.
Celle d’alors, la seule, la belle, la vraie : celle de Lucio Fulci (l’incontournable), Joe D’Amato (l’autre incontournable), Sergio Martino (pas mal non plus), Enzo Castellari (un cador, dites !) et (le plus transparent) Giuliano Carmineo.

Entre 1982 et 1984 (l’épidémie courut même jusqu’en 89 !), une quantité effarante et bénie de clones, plagiats, passables hommages et somptueuses charognes de ces deux films vinrent faire éclatante tâche en plein nos écrans familiaux.
Mieux (pire ?): sans ce phénomène, un mur entier de nos vidéo-clubs n’aurait tout bonnement pas exister. Imaginez-le drame, moi je ne préfère pas :
2019 Après la Chute de New York, Le Gladiateur du Futur, Les Nouveaux Barbares,… qu’aurais-je fait sans vous ? Hein, les gars ? ... les gars ??
Ouais. Bon.
Les ingrédients de chacun d’entre ces perles toujours étaient :
un héros cynique et désabusé (repris de justice, rebelle sans foi ni loi, éperdu aveuglé par le désir de vengeance) embringué dans une quête malgré lui,
quête effrénée - et hautement concurrentielle - pour une ressource rare (eau, essence, personnalité, lieu, …),
menée pour, par ou au coeur de parodies de micro-sociétés renaissantes (communautaires, fascisantes, etc.),
et, sel des sels, compliquée par des putains de hordes néo-barbares,
… tous les éléments du western, en somme, revus à travers le prisme postapocalyptique et rétrofuturiste du folklore mécanique et punkoïde contemporain (fallait quand même le dire, y'a jamais personne pour le dire…).

Et parmi ces pastas parties** Les Exterminateurs de l’An 3000 (de Carmineo donc : Il Giustiziere della Strada), s’avérait par exemple un assez correct remake (fauché of course, malgré des capitaux italozispanozamerloques) de Road Warrior. Pour du bis zèdeux, s'entend !
Mêlant dans son amorce des emprunts aux deux premiers Mad Max (police dégénérée et livrée à elle-même, auto surpuissante au doux surnom en –tor (Interceptor, Exterminator,…), la trame s’installait bien vite sur un chemin hyperbalisé (malgré la poussière) :
L’Atome ayant tout ravagé, l’Ozone ayant depuis longtemps déserté, il n’y a plus une goutte d’eau putain ! Ce que déplorent de gentils cons qui tentent l’horticulture d’après-Champignon.
Non content de ce sort déjà peu enviable, la tribu cinglée (et motorisée) du quadra keupon Raging Bull terrorise en outre toute la région (sur ses bécanes volées en Australie visiblement). Ouf , un héros eastwoodo-leonesque, sanglé de cuir et de sueur, accepte pour de cupides raisons d’aider les gentils cons à rallier la dernière nappe phréatique du coin.

Outre le plot, on trépigne d’aise tant le visuel ici présent relève du parfait pillage en règle (jusqu’au pompage foireux de car-crashes mythiques de Miller en un slow motion encore plus accablant).
Des libertés toutefois sont prises avec des intrigues annexes, tantôt chaleureuses et nostalgiques (un vieux pépé plein de bière et de souvenirs du Monde d’Avant), ou gratuitement zarbis (la centrale solaire gavée de mutants pourris aux gueules d’Empereur from Star Wars). Tantôt parfaitement incongrues et sabordées (l’enfant-sauveur au bras bionique ?!), mais rien de véritablement condamnable.
Car.
Car les gentils (cons) gagneront (grâce au sacrifice éclairé de Venantino Venantini (vu chez Fulci et dans Les Tontons Flingueurs)), le héros montrera son cœur, tandis que les punks l’auront dans le cul (et pas l’inverse, hélas).
Ouais. Bah.

* l'ésthète exhaustif et patriote appréciera certainement
qu'on souligne la remarquable contribution frenchy,
forte alors des édifiants Diesel (Kramer, 1985) et Terminus (Glenn, 1986)
nous offrant respectivement en guise de Road Warrior
les idoines Gérard Klein et Johnny !

Mar 22, 2005

Junk Culture à l'André B.

Parfois André m’autorisait, lorsque les séances étaient peu garnies, à vendre les bonbons de l’entracte. Panier d’osier, glaces Miko, Chocoletti (des chocolats ca-rrés, ca-rrément bons) et pop corn Baff (le grain d’maïs joufflu qui se la pète en planche à voile). Cet insigne honneur me faisait sacrifier cependant un incontournable :
le visionnage des bandes-annonces.
André en collait un max, en première partie, un presque quart d’heure (hors pub), sinon davantage. Souvent ce pré-programme demeurait immuable des semaines (des mois ?) durant. On y voyait des films déjà passés et d’autres qu’il ne projetterait peut-être jamais.
Pas regardant, il enquillait les bandes à l’aveugle, faisant parfaitement s’enchaîner Brisby et le Secret de Nihm (dessin animé circa-Disney, par l'échappé Bluth) avec Megavixen (...), puis Terreur à l’Hôpital Central (Visiting Hours, 1982) et leurs visuels prodigieux.

Ce moment des BA relevait du culte pour moi, me passionnait alors autant que le film à suivre. Je crus longtemps ainsi avoir vraiment vu De Si Gentils Petits Monstres (The Children, 1980) alors que ce n’était que le teaser (interminable il est vrai !) de ce nanar fauché que j'avais tant de fois gobé.

A l’image de ces BA, le hall de la salle unique croulait sous les affiches 40x60 de films qui ne mettraient jamais la péloche en Normandie : mis en appétit par sa mise, je ne vis jamais pourtant l’Homme au Deux Cerveaux (Carl Reiner, 1983), et que beaucoup plus tard Britannia Hospital (Anderson, 1982) ou le re-sortant Soldat Bleu (western ultracomplaisant au visuel peaux-rouges/bondage) !

Les logos des distributeurs n’avaient par ailleurs aucun secret pour moi (celui de United Artists m’angoissait plus que de raison, avec son UA stylisé et métallique, se tournant peu à peu face à nous sur fond d’orchestre à cordes explosives).
La salle ne la ramenait pas pendant l’annonce de Poltergeist mais chacun se promettait de ne pas louper, si d’aventure il passait, ce curieux Hot Dog visiblement hilarant et prodigue en nichon canadien (ce qu’il était dans sa seconde promesse).

De manière générale, je ne manquais pas beaucoup des films projetés par André à l’André Bourvil :
Ghostbusters, Gremlins, Les Exterminateurs de l’An 3000 (Il Giustiziere della Strada, 1983), Terminator (Delphine dut se blottir contre moi, s’identifiant par trop à Sarah Connor), Dangereusement Vôtre, Karaté Kid (la salle se levant pour applaudir au climax final !), La Fureur du Dragon (le Retour… aussi je crois), Monty Python à Hollywood, mais aussi les premiers Police Academy, Zéros de Conduite (Moving Violations, 1985, par le scénariste des Police Academy justement !), Salut l’Ami Adieu le Trésor (Hill/Spencer ‘fcourse), Cannonball 1 & 2 (bienheureux tandem Hal Needham/Burt Reynolds !), Retenez-Moi ou Je Fais un Malheur (une des deux tentavives frenchies et ovniesques de Jerry Lewis, ici avec Michel Blanc !!) et j’en passe des brouettes de comédies françaises et/ou familiales des gars Francis (Veber, Perrin, …) et autres fleurons d’alors.

Et E.T. E.T. de renversante mémoire.
André, ne voulant refuser personne à cette première séance de samedi aprèm’, avait récupéré toutes les chaises de ses appartements (dont le restaurant du deuxième étage !) pour faire entrer un maximum de monde dans sa salle. Sa salle comble, mûre, pleine à craquer, prête à chialer (putain, dites : quand la fleur se fane !!).
Le retard pris par cette altruiste manœuvre fit d’ailleurs que mon petit frère (9 ans alors !) ne put voir le film jusqu’au bout : il devait filer à Paris avec une camarade à lui pour assister à Champs-Elysées* !! Contraint d’abandonner Elliott pour Michel, il quittait la place, enragé de frustration, dur !
Il saurait seulement des années plus tard que le téléphone-maison avait bien fonctionné, ouf (aïe ?).


* Pas bégueule, il me ramènerait de cette émission,
où se produisirent Musical Youth et Michel Serrault,
un autographe béni de Richard Gotainer.

Mar 18, 2005

Troubles in Suburbia

La famille est volontiers déséquilibrée, monoparentale, en passe de l’être. En difficulté professionnelle ou peu considérée par le voisinage. Sourde crise, étouffée…, germant indiciblement. Vulnérable, la smala.
Et, si le couple est lisse, les enfants alors se chargent de la sape: guéguerre entre aînés et benjamins, filles tapant sur les garçons (le contraire ?), hormones et popularités, intérêts contrariés, chaos scolaire. Le boxon, quoi.
Le quartier toutefois est souvent riant, suburbain et plutôt vert. Le bicross y est roi, les cabots aussi (heureux, ils s’en sortiront toujours !); les station-wagons arpentent les rues, pleines de leurs papas à lunettes et, en odorama, tout ceci sentirait le hamburger grillé, le samedi venu.
Voilà.
Nous y sommes !
Le parfait petit théâtre du Teenage-Movie.

Le balcon et le jardin sont alors disputés par deux producteurs au sommet de leur art : le gars Hugues (34 ans en 84, a déjà mis les mains dans 6 films aux succès tout relatifs) d’une part, et de l’autre le père Spielberg (37 ans, mimines impliquées dans 12 films de cinéma dont de colossales réussites: Les Dents de la Mer, Les Aventuriers de l'Arche Perdue, etc.).
La coming-of-age comedy et le fantastique familial vont connaître en effet à travers ces deux hommes leur heure de pleine et entière gloire (80-89).

L’un laissera les tracas de l’adolescence fleurir comme autant de petits boutons sur le cul d’une Amérique apparemment docile et idyllique.
L’autre y fera surgir les monstres du placard : fantômes, bébêtes, failles temporelles ou mondes cachés… toujours sur le pétard de cette Amérique. Impeccable. C’est certes plus inoffensif que les paraboles ultra-violentes et post-Vietnam de Romero, Hooper et Craven, mais le genre est là, avec ses codes et ses contingences "grand-publiques". D'ailleurs ces productions ne s’avèrent pas aussi lisses que ça. Sous des dehors proprets et thanksgiving-iques, le politiquement correct ne règnera pas toujours 24 images par secondes. Que non.
Parce que des boutons, ou des monstres, sur le cul, même s'il est tout rose... et ben à un moment ça gratte quand même.
Happy Birthday, Une Créature de Rêve, Breakfast Club, Pretty in Pink, La Folle Journée de Ferris Bueller, … ET, Poltergeist, La Quatrième Dimension, Gremlins, Retour vers le Futur, les Goonies, …

Deux options. Deux options politiques, thématiques, artistiques. Economiques certainement aussi : tous ces titres feront le bonheur tour à tour des box-offices puis des rayons des vidéos-clubs – le nôtre en somme ! D’aucuns voudront alors à plusieurs reprises étouffer nos deux aminches avec la guimauve qu’ils nous servent prétendument, les imbéciles (nous renverrons ces derniers à notre convaincant passage sur le grattage de cul).
Mais nos gros malins auront pourtant réussi quelque chose de suffisament rare, oui. Même par le fruit d'hybridations et de recyclages, les deux hommes ont inventé un genre: le teen-movie "so 80's".
Déjà plus premier degré (American Graffiti l'était-il encore ?) mais pas encore post-moderne (l'épuisant réveil d'après-Scream !). Le fil du rasoir, l'équilibre entre deux philosophies (mais la fin d' un état de grâce aussi, le film d'exploitation autrefois bricolé et cheapy devenant une affaire à gros budget). Un filon nouveau, allez.
Au point que des outsiders, nouveaux venus ou vétérans, livreront bataille sur les domaines gardés :Steven S. verra ainsi ses plates-bandes foulées par S. Barron (Electric Dreams), par le multi-récidiviste et soudainement assagi John Badham (Wargames, ou son éhonté ET-like Short Circuit !), le frayant Nick Castke Jr (Starfighter), l’encore rouquemoute Ron Howard (Splash), le parfois transfuge Joe Dante (Explorers) ou l’habituellement hawksien John Carpenter (Christine*)…
Quant à John H. il sera bon pour repasser le râteau dans l’allée piétinée par le gros mais parfois subtil Rob Reiner (Le Coup Sûr), ou les indigents Robert Rosenthal (Zip !), Michael Gottlieb (Mannequin) et Lewis J.Carlino (Class). Sans oublier les proto-American Pie que nous livreront les désespérément pugnaces Bob Clark (Porky’s 1&2) et Neal Israel (Le Palace en Délire), ces derniers devant autant au John Landis d’American College qu’à notre bon copain Hugues !

Alors peut-être que oui, ou plutôt non, Steven Spielberg et John Hugues ne nous auront pas tricoté que des chefs-d'oeuvre... mais... mais. Mais merde.
C'est ça aussi, l'esprit Locatel.
Lo-Ca-Tel.


* Il va sans dire d’ailleurs que quiconque adaptant à l’époque la moindre liste de courses de Stephen King,
lorgnait immanquablement vers l’Amblin’s touch (la société de prod de Spielberg),
tant les démarches et les univers des deux gugusses, Steph’n’Steve’
(qui n’ont jamais collaboré d’aucune manière ?!), sont alors proches.

Mar 17, 2005

Ainsi de mes Treize...

c2
Christine sans doute stigmatisa l’allant: il me fallait ces putains de treize ans (au dessous desquels rien alors n'était possible).
Mais les choses avaient commencé avant.

C’était l’éveil de la vidéo personnelle, l'apparition des premières machines, énormes et familiales, des « formats» aux noms futuristes et pourtant déjà ringards: VHS, Betamax, V2000.
C’était le temps où Vidéo 7 (et son livret X) valait Les Cahiers, où la moindre cassette de Disney (sur le déclin pourtant) s’échangeait contre ses 1500 balles faciles, le temps des italiens infatigables et plagieurs, des jaquettes spectaculairement tapageuses et/ou mensongères, de Brigitte L. & Marilyn J., toutes cuisses ouvertes, sur la rangée du haut, et de Bebel, magnifique et peinard, sur toutes les affiches...
Le temps déjà des adolescents rois: avoir treize dans ces eighties naissantes, c’ était plus cool que vingt dans les Aurès !
Les photos de Mad Movies écœuraient les filles, les platées de fayots de Spencer et Hill nous faisaient étonnamment saliver tout comme les "softies" de Max Pécas, Marc Dorcel et Russ Meyer nous étant encore pour un temps (officiellement) inaccessibles.
Cannon, Embassy et Proserpine nous étaient plus familiers que Bordas et Nathan, les footballeurs avaient encore du poil au menton et parfois un gentil bedon (on pouvait gagner la Coupe de France sans trop courir, ainsi que perdre le Mundial avec quelques dents en moins): On voulait tout à la fois être Marty McFly et Dominique Rocheteau.
Nous savions n’ avoir plus rien contre cent briques et pourtant nous aurions payer cher une avant-première du Jedi revenu, fut-il décevant (ce que déjà il était !).
Les week-ends se faisaient rideaux fermés et tout y passait, des pépites aux crottes: le samedi matin, la visite au vidéo-club pouvait durer plusieurs dizaines de minutes. Il nous fallait repartir avec 5 ou 6 films, fantastiques principalement. Des mots-clés ? Zombies, Morts-Vivants, Dead, et j’ en passe… Des noms ? Hooper, Spielberg, Cronenberg, Romero, (Argento, Fulci et DePalma, bizarrement honnis alors seraient pour plus tard), mais aussi, confessons-le, Mel Brooks, les ZAZ (my kingdom for a Top Secret !), Zidi, Vocoret, Clair (et pas le René !)…
On ramait avec l'Eugénie d'Balzac (réévaluée depuis), mais Stephen King et Lovecraft ne nous tombaient jamais des mains, pas plus que les Strange Special Origines ou le métalliquement banané Lucien. Fleuve Noir bientôt nous ferait chavirer d’ aise avec sa colorée collection des Gore, flanquée des Russo et Houssin, qui nous deviendraient de précieux alliés nocturnes.
Nous abandonnerions peu à peu les Nombre de la Bête d’ Iron Maiden et les Cloches de l’Enfer d’ AC/DC, pour la synthpop arty-homo de Depeche Mode et tout le courant New-Wave/Neo-Romantic: boums et acné nous attendaient au coin du bois.
Le disco nous semblerait encore un peu trop beauf, la faute aux soirées dansantes de l’Amicale de Vélo, à Brezolles.
En revanche Pino Donnaggio et Jerry Goldsmith auraient déjà l’ heur de nous plaire, les Editions Milan compilant alors les meilleurs scores du Genre, sur des galettes aux pochettes parfois douteuses (la folie heroïc-graphic n’ ayant jamais été de mon goût), mais au tracklisting ouvertement - donc bienvenu - angoissant.
Revenus de la soirée à Brezolles, Le Commando des Morts-Vivants nous semblerait une pure arnaque (ce qui est inexact avec le recul), mais le climax explosif de Scanners s'userait sur la tête de lecture du magnétoscope un week-end entier...

… mais pour l’heure, putain d'putain, il me faut mes treize ans... car mercredi prochain sort Christine*.


* en réalité, le film de Carpenter, sorti le 25 janvier 84 en France,
ne devait passer que six mois plus tard dans mon cinéma,
l'André Bourvil de belle réputation, sis aux confins de la Beauce,
du Perche et de la Normandie, haute présentement