Nov 2, 2005

More Than Tam Tam (faux départ)

N’est pas clair non plus à mon esprit - décidément ! - le jour de notre première télévision couleur. Autre Graal d’alors, devenu minimum garanti depuis.

Franc bienfait collatéral, je me rappelle tout au plus qu’à l’occasion de la bénie acquisition, mon frère et moi-même héritâmes du petit poste noir et blanc familial qui fit, en son temps, notre bonheur achélèmeux, quoique Saint-Cyrien.
Mais nous vivions désormais dans un pavillon de campagne (mes parents avaient accédé !), à 70 kilomètres de Versailles, un peu moins de Bois d’Arcy, et le petit téléviseur bichrome avait gagné la chambre de mon cadet (et non la mienne, pour de mesquines raisons connectiques).
Enflammés par cette soudaine émancipation, nous ne manquâmes alors pas, par un élan de snobisme inapproprié et rapidement pénalisant (suivre St-Etienne-PSG sans couleur réclame une attention à forte sollicitation lacrymale) de ne vouloir plus suivre de programmes que sur NOTRE téléviseur.
Mais si le masochisme de la posture demeurait minime lors des dernières séances de Mr Eddy, l’Eroll ou le Weissmuller tolérant assez bien l’absence de teintes primaires, d’autres programmes frisaient, à ne pas vouloir céder au chant sirènal des couleurs collectives, l’authentique contrition (le foot, donc).

Entorses toutefois.
Entorses – bientôt exponentielles -, puisque c’est bien sur le téléviseur « du bas », pourtant pré-télécommandable, que nous nous abreuvions des séries animées évasivement pédagogiques de la troisième (et dernière) chaîne, les 20 heures passées. C’est bien encore sur le même appareil nous avions rêvé de voir le légendairement violentissime Rollerball, alors que notre père nous l’avait formellement interdit (nous en saisîmes malgré tout quelques bribes, moyennement bien dissimulés que nous fûmes dans le hall d’entrée).

C’est toujours sur l’écran de ce même poste « du salon » que nous collions les électrostatiques morceaux de celluloïd nécessaires à l’interactivité du programme Télétactica, tandis que nous refusions d’une autre main, et avec une affectation voulue sublime, de nous munir des lunettes 3D impératives au visionnage de L’Etrange Créature du Lac Noir, que Mitchell et Jourd’hui proposèrent avec force sensations un mardi, les 20 heures 45 venues (ostensiblement, nous nous délections ce soir-là des gaudrioles post-babas des Charlots (dans Les Bidasses en Folie), marquant ainsi maladroitement et de manière kamikaze notre prime indépendance intellectuelle.).

LesBidassesEnFolie

Mais.
Malgré tout, le piment de ces anecdotes était assez doux, comparativement au tumulte extérieur qui me parvenait peu à peu aux oreilles, déformé ou non.
Les trois seules chaînes d’alors n’offraient guère plus qu’un peu de piquant – sporadique - pour mardis soirs chagrins. Et quand bien même une quatrième semblait soudain être de ce temps à venir, elle était cryptée, payante, et vastement pornographique, disait-on encore chez les voisins concupiscents. Inaccessible, quoi.

Mais dehors oui, où le contrôle ne pouvait s’effectuer aussi bien qu’au cœur du foyer, la prise sur la marche du monde ne pouvant exister qu’avec une parfaite connaissance de la culture qui vous entoure quotidiennement (ce que tous les parents perdent chaque jour davantage). Le tumulte. Le bouillonnement du grand n’importe quoi.
Ainsi des bandes-annonces vues à la dérobée chez des exploitants peu regardants levaient le rideau sur une cinéphilie hypnotique, potentiellement douteuse, spectaculairement déviante (on vous laisse aller voir tout seul le dernier Walt Disney (Taram ?) et vous vous mangez les bandes annonces de Massacre dans le Train Fantôme et de Frère de Sang avant une pub Baff !). Inespéré.
Ainsi, alors que La (brillante) Quatrième Dimension constituait le summum du thrilling qu’il m’était permis de voir à domicile, que j’étais davantage biberonné au boyscoutisme cybernétique de L’Homme qui Valait Trois Milliards et à celui d’Holmes et Yoyo, je vis encore - fugitivement - que dans un film, on installait un système empêchant de clore les paupières sur un type à qui on diffusait les pires images d’horreur du monde (peut-être même des trucs nazis ?!), forcé de les regarder. Bigre.

.seurtineorange

Alors que j’accueillais le show de Collaro comme l’acmé de l’irrévérence outrancière, j’apercevais un type – un montipiton ?! – vomir dans son casque de policier puis le remettre sur sa tête…
Dites.
Que dire justement de cette fille à la poitrine énorme qui dévissait une ampoule puis mettait ses doigts dans la douille tandis qu’elle couchait avec un gars, sinon qu’on était soudain loin de ce que Clémentine était en mesure de promettre à Isidore ?

Et sans parfois en avoir vu une broque, les échos d’une poignée d’anecdotes fumeuses ou grandiloquentes à propos de tel ou tel film parachevaient l’enclin définitif qui allait croissant en mon sein (si ! si !).
Ecoutez encore.
Un mec bricolait quelque chose avec une fille et du beurre Charentes-Poitou-ça-rentre-partout ?, alors qu’une autre, dans un péplum, le faisait carrément avec un cheval (qui lui aurait arraché les entrailles en se retirant !), authentique (t’as déjà vu une bite de ch’val ? Bon !)…
La fille de L’Exorciste avait été rendu folle, des cannibales avaient dévoré une équipe de tournage de film d’horreur, en vrai !, et Bruce Lee était mort d’une explosion du cerveau, ou bien on l’avait tué en plein tournage, d’une balle de revolver*…

Quelques mois auparavant, le seul son du tam tam des cannibales chez Tarzan sur le petit poste N&B me terrifiait sans coup férir, et voilà qu’avant même que les poils ne me viennent, je voulais voir ce type se transformer en loup-garou en temps réel (tout en craquements et hurlements), et prendre plus largement à bras le corps toute cette cinéphilie transgressive, culte et/ou horrible, forte en sensations et en viles réputations.

Il allait me falloir procéder par étapes, successives et mesurées, lentes et graduelles. Jouir d’opportunités et de rencontres.
Découvrir la littérature s’y rapportant, la presse également.
Mais la première cependant demeurait, sésame préalable, me faisant me répéter :
Il me fallait un magnétoscope.


Alors vint la valise.

* ce qui arrivera vraiment à son fils...

1 commentaires:

Sonic Eric said...

Ouais et moi, moutonnier en diable, on me les avait achetés, ces fameuses lunettes. On avait l'air de vrais glands avec nos lunettes bicolores et nos pyjamas rayés.