Le salut, mon salut, vint d’une valise. Donc.
Non point celle dont il vous fallait donner le montant exact pour la décrocher lorsqu’une radio bénéluxoise venait à téléphoner chez vous, mais bien une authentique, une belle, une grosse. Une presque thermoformée, une quasi-Samsonite.
Le comité d’entreprise de la boîte de mon père, la lumineuse EDF (privatisée ces jours-ci) de Nord Eure-et-Loir, eut, et ce assez opportunément, la fort judicieuse idée de se vite pourvoir d’un magnétoscope (et toute sa câblerie) et d’une sélection de cassettes VHS. Que chacun des salariés pouvait, tour à tour, ramener en famille le temps d’un week-end.
Je vous dis moi que si Dieu existe, il roule en camionnette bleue et grimpe au poteau de 220V comme pas un !
Ainsi, la bête, la chose allait pouvoir franchir mon seuil, pis que le monstre de Lovecraft.
Un ma-gné-to-scope ! Et qui allait s’accoupler au téléviseur, via ce modestement phallique câble péritel ad hoc, et permettre l’ouverture des vannes de la plus totale des ciné-nimportenawak-philie.
La mienne voulue, la mienne future.
L'acquise aujourd’hui. Et dont je vous cause là, badinement, entre le poitrail et le couteau.
Le fond de cassettes était évidemment en rotation et sa sélection devait relever de la compétence et du flair d’un responsable pour qui Positif ne pouvait être autre chose qu’un verdict de soufflage de ballon.
Car si l’électricien français maîtrisait le nouveau voltage, il ignorait tout de la nouvelle vague…
Loin de la caméra-stylo, les maîtres-mots du « pack » était en effet davantage ceux de la bagnole, de la baffe et de l’esclaffe.
La comédie (genre majeur dans la valise, un seul X, vite fatigué, y régnant), voulue familiale évidemment, s’y montrait ainsi surtout masculine et naïvement ouvrière (vengeance contre les hiérarchies et les autorités, de tous poils).
Etrangement, alors que la tendance spoof et parodique était déjà en marche, les post-modernistes Mel Brooks et les ZAZ en tête du cortège, le défilé de gaudrioles qui assourdissait notre salon relevait exclusivement de l’humiliation motorisée de policiers rednecks, de bastons en diners pour routiers et de westerns coquillettes-sauce tomate…
Autant de comédies plus désinvoltes que frappées au coin du second degré le plus roublard, nourries, gavées, d’une culture étrangère à la nôtre, francaouis (à cette époque là, chez nous, point de salut sans bidasse !).
Bien que sans doute pour part inexacte, l’évocation de cette valise, qui nous revenait un week-end sur quatre, reste donc intimement lié à cette prime cinéphilie de bazar, de seconde zone, de fond de catalogue ou d’arrière-cuisine. A ce rire crapoteux, premier degré, de fin de repas, facile et jetable, accidentel et paresseux comme une tâche de sauce sur la cravate en velours… pour lequel je nourrissais déjà une infinie tendresse, magnanime mais sincère.
La valise EDF –pour faire court et apocryphe- se scindait dans cette otique inaltérable en deux courants, l’un latin, l’autre texan (ou assimilé).
Mais dans les deux cas, poings et gags fusaient.
Je parle ici des productions mettant en scène -« laissant libre cours à » serait plus exact- Burt Reynolds à ma gauche et les Laurel & Hardy à la carbonara qu’étaient Bud Spencer et Terence Hill. A ma droite.
Et pour essayer d’être un peu honnête, simplifions en jugeant l’état rythmique et commun à Needham (les Burt) et Corbucci/Clucher (les Hill/Spencer): deux-trois bouquets faméliques, quelques salves métronomiques de « scènes » émaillaient toujours une trame lapidaire et soporifique, argument bigleux prétexte au contraste plus qu’au contexte.
Mais exposons !
Exposons et distinguons.
Non point celle dont il vous fallait donner le montant exact pour la décrocher lorsqu’une radio bénéluxoise venait à téléphoner chez vous, mais bien une authentique, une belle, une grosse. Une presque thermoformée, une quasi-Samsonite.
Le comité d’entreprise de la boîte de mon père, la lumineuse EDF (privatisée ces jours-ci) de Nord Eure-et-Loir, eut, et ce assez opportunément, la fort judicieuse idée de se vite pourvoir d’un magnétoscope (et toute sa câblerie) et d’une sélection de cassettes VHS. Que chacun des salariés pouvait, tour à tour, ramener en famille le temps d’un week-end.
Je vous dis moi que si Dieu existe, il roule en camionnette bleue et grimpe au poteau de 220V comme pas un !
Ainsi, la bête, la chose allait pouvoir franchir mon seuil, pis que le monstre de Lovecraft.
Un ma-gné-to-scope ! Et qui allait s’accoupler au téléviseur, via ce modestement phallique câble péritel ad hoc, et permettre l’ouverture des vannes de la plus totale des ciné-nimportenawak-philie.
La mienne voulue, la mienne future.
L'acquise aujourd’hui. Et dont je vous cause là, badinement, entre le poitrail et le couteau.
Le fond de cassettes était évidemment en rotation et sa sélection devait relever de la compétence et du flair d’un responsable pour qui Positif ne pouvait être autre chose qu’un verdict de soufflage de ballon.
Car si l’électricien français maîtrisait le nouveau voltage, il ignorait tout de la nouvelle vague…
Loin de la caméra-stylo, les maîtres-mots du « pack » était en effet davantage ceux de la bagnole, de la baffe et de l’esclaffe.
La comédie (genre majeur dans la valise, un seul X, vite fatigué, y régnant), voulue familiale évidemment, s’y montrait ainsi surtout masculine et naïvement ouvrière (vengeance contre les hiérarchies et les autorités, de tous poils).
Etrangement, alors que la tendance spoof et parodique était déjà en marche, les post-modernistes Mel Brooks et les ZAZ en tête du cortège, le défilé de gaudrioles qui assourdissait notre salon relevait exclusivement de l’humiliation motorisée de policiers rednecks, de bastons en diners pour routiers et de westerns coquillettes-sauce tomate…
Autant de comédies plus désinvoltes que frappées au coin du second degré le plus roublard, nourries, gavées, d’une culture étrangère à la nôtre, francaouis (à cette époque là, chez nous, point de salut sans bidasse !).
Bien que sans doute pour part inexacte, l’évocation de cette valise, qui nous revenait un week-end sur quatre, reste donc intimement lié à cette prime cinéphilie de bazar, de seconde zone, de fond de catalogue ou d’arrière-cuisine. A ce rire crapoteux, premier degré, de fin de repas, facile et jetable, accidentel et paresseux comme une tâche de sauce sur la cravate en velours… pour lequel je nourrissais déjà une infinie tendresse, magnanime mais sincère.
La valise EDF –pour faire court et apocryphe- se scindait dans cette otique inaltérable en deux courants, l’un latin, l’autre texan (ou assimilé).
Mais dans les deux cas, poings et gags fusaient.
Je parle ici des productions mettant en scène -« laissant libre cours à » serait plus exact- Burt Reynolds à ma gauche et les Laurel & Hardy à la carbonara qu’étaient Bud Spencer et Terence Hill. A ma droite.
Et pour essayer d’être un peu honnête, simplifions en jugeant l’état rythmique et commun à Needham (les Burt) et Corbucci/Clucher (les Hill/Spencer): deux-trois bouquets faméliques, quelques salves métronomiques de « scènes » émaillaient toujours une trame lapidaire et soporifique, argument bigleux prétexte au contraste plus qu’au contexte.
Mais exposons !
Exposons et distinguons.
Là où Burt, le cow-boy mécanique à la coule, devait prendre le cerceau pour un pari stupide, transgresser un maximum de lois du code de la route et se fritter avec de gros beaufs après avoir fait le plein d’essence (et envoyé accessoirement valdinguer un parc entier de bagnoles de flics), les buddy ritals (l’espiègle blondinet aux yeux bleus doublé par Dominique « Jr » Paturel et son gros barbu soupe-au-lait) tâchaient, entre deux platées de haricots, quatre bagarres à la chorégraphie paresseuse, répétitive mais néanmoins cartoonesque, et deux ou trois engueulades retenues -à coups d’yeux levés au ciel et soupirs sonores-, de protéger les opprimés (toujours dans l’espoir d’un gain ou d’une récompense) d’odieux gangs de promoteurs, bandits ou authentiques punks !, sans foi ni loi.
Immuables postulats régissant ainsi Cours Après Moi Shérif, Attention on va se Fâcher, L’Equipée du Cannonball, Cul et Chemise, … et j’en passe, vous vous en doutez bien, de meilleurs encore.
Immuables postulats régissant ainsi Cours Après Moi Shérif, Attention on va se Fâcher, L’Equipée du Cannonball, Cul et Chemise, … et j’en passe, vous vous en doutez bien, de meilleurs encore.
Ah, Bud, Burt et Terence…
Le premier était déjà loin (et moi donc !) de Delivrance, tandis que les deux autres… ne s’éloignèrent jamais vraiment d’une carrière entière, malgré quelques menus écarts auteurisant (Argento pour Bud, Terence ayant débuté chez Pabst et Visconti ?!), de cette joyeuse boue pour catch.
Je n’aurais de toutes façons tolérer aucune variante profonde dans aucune de leurs frasques, au risque d’une irrémédiable déception : un Burt sans qu’une auto ne voit son toit arraché en passant sous un camion ou un Bud sans que celui-ci n’assomme deux types en leur faisant se fracasser le crâne l’un contre l’autre, et je préférais me tourner vers Ibrahim Sek, Christine Fabrega et Harold Kay jouant au Ni Oui Ni Non un soir de Jeux de 20 Heures !
Or, les jeux de mes idoles justement, n’étaient guère plus que ceux du massacre, cathartiques et modernes, des foires. Au fond.
Chamboultous de série, punching-balls à la chaîne, auto-tampons éternelles, les sensations que me procuraient ces productions étaient vraiment analogues à celles de la fête patronale, qui nous visitait chaque début de juin.
La valise ne m’offrait guère plus de choix que les forains de passage, entassés sur la petite place. M’imposait les « manèges ».
Je devais composer avec ce qu’elle me proposait. Attractions fétiches et reconnues et (plus rares) émotions nouvelles, j’y allais à l’aveugle, peu regardant et donc rarement déçu.
L’employé chargé de la sélection était particulièrement éclairé même si lorsqu’on lui demandait de nous ramener les Cahiers il demandait : « petits ou grands carreaux ? ».
Il connaissait sans le savoir fort bien son public (ou bien était-il suprêmement coaché par une éminence grise, rédactrice stakhanoviste à Vidéo 7 ?).
Je ne connaissais pas ce monsieur, ni lui non plus. Pourtant c’est main dans la main que nous gravîmes, ce Jourdain de la VHS et moi, les marches douteuses de l’éveil vidéophile qui secouait là le nord de l’Eure-et-Loir, que dis-je ? la France entière !
Plus que me savonner, Dieu oui, savait y faire, en haut d’une la ligne à haute tension !
Et il aimait les fayots.
Le premier était déjà loin (et moi donc !) de Delivrance, tandis que les deux autres… ne s’éloignèrent jamais vraiment d’une carrière entière, malgré quelques menus écarts auteurisant (Argento pour Bud, Terence ayant débuté chez Pabst et Visconti ?!), de cette joyeuse boue pour catch.
Je n’aurais de toutes façons tolérer aucune variante profonde dans aucune de leurs frasques, au risque d’une irrémédiable déception : un Burt sans qu’une auto ne voit son toit arraché en passant sous un camion ou un Bud sans que celui-ci n’assomme deux types en leur faisant se fracasser le crâne l’un contre l’autre, et je préférais me tourner vers Ibrahim Sek, Christine Fabrega et Harold Kay jouant au Ni Oui Ni Non un soir de Jeux de 20 Heures !
Or, les jeux de mes idoles justement, n’étaient guère plus que ceux du massacre, cathartiques et modernes, des foires. Au fond.
Chamboultous de série, punching-balls à la chaîne, auto-tampons éternelles, les sensations que me procuraient ces productions étaient vraiment analogues à celles de la fête patronale, qui nous visitait chaque début de juin.
La valise ne m’offrait guère plus de choix que les forains de passage, entassés sur la petite place. M’imposait les « manèges ».
Je devais composer avec ce qu’elle me proposait. Attractions fétiches et reconnues et (plus rares) émotions nouvelles, j’y allais à l’aveugle, peu regardant et donc rarement déçu.
L’employé chargé de la sélection était particulièrement éclairé même si lorsqu’on lui demandait de nous ramener les Cahiers il demandait : « petits ou grands carreaux ? ».
Il connaissait sans le savoir fort bien son public (ou bien était-il suprêmement coaché par une éminence grise, rédactrice stakhanoviste à Vidéo 7 ?).
Je ne connaissais pas ce monsieur, ni lui non plus. Pourtant c’est main dans la main que nous gravîmes, ce Jourdain de la VHS et moi, les marches douteuses de l’éveil vidéophile qui secouait là le nord de l’Eure-et-Loir, que dis-je ? la France entière !
Plus que me savonner, Dieu oui, savait y faire, en haut d’une la ligne à haute tension !
Et il aimait les fayots.



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