Les lectures fébriles de Mad Movies et Vidéo 7 (L’Ecran..., Starfix m’apparaîtraient plus tard) pouvaient bien m’orienter, mais rendu entre les murs sans fin du Locatel de la rue Parisy, l’acuité s’étiolait, pervertie qu’elle était par tant de jaquettes complaisantes et spectaculaires, d’offres proprement inouïes à moi faites.
Chaque éditeur avait sa patte, son style. Seul le crapoteux sensationnalisme faisait office de point commun, béni travers !
Hollywood Vidéo (Evil Dead, Creepshow, mais aussi les improbables Proie de l’Auto-Stop et Parasite) avec la moitié de son catalogue dessiné par un seul et même graphiste, versé sur le tout pour l’image, choc et bariolé, ou encore Thorn Emi Video, plus austère (le dos des vidéos « première époque » offrait un placard de texte du plus repoussant effet) qui faisait se côtoyer Brazil, Dead Zone et La Dernière Vague (soit un fantastique auteuriste, ou à tout le moins ambitieux) avec des Dar l’Invincible ou autres Louferignories (Hercules) post-Conan.
A ce petit jeu du tirons-bien-bien-vers-le-bas Virginia Distribution (Meurtres au Crayon) détenait sans doute la palme de l’indigent et du n’importe quoi, vendu le plus ignominieusement du monde, pourtant copieusement bataillée.
Mais dans ce maelström d’images insensées et scandaleuses*, un petit bonhomme tirait toutefois une épingle du jeu toute particulière.
Alors qu’il brillait sur les grands écrans en finançant tout ce que Bebel nous livrait de pourtant plus boiteux (Le Marginal, Les Morfalous, etc .) et que sa licence vidéo de Bruce Lee lui assurait un culte par ailleurs justifié, René Château eut un pif, à la fois éditorial et artistique, en balançant son exceptionnelle série des Classiques de l’Horreur et de l’Epouvante.
Une série initiale strictement interdite aux moins de 18 ans de 10 premiers crus numérotés du genre (Massacre à la Tronçonneuse, Maniac, Zombie, en tête), livrée dans un packaging tout à la fois solennel et sensationnaliste (qui voit de plus en plus la Censure comme un gage de qualité), et siglée de l’implacable slogan : Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision !
Trônant parmi les nanars (ou d’ailleurs les perles massacrées par d’autres distributeurs moins talentueux), les VHS des Classiques… se repéraient au premier coup d’œil, qu’elles avaient de surcroît éminemment hypnotiseur.
Inutile ainsi de dire que si Zombie et Massacre… n’avaient eu besoin de lui pour parfaire leur légende (et encore que !), des titres comme Inseminoid, Le Crocodile de la Mort ou les Flesh… et Blood… de Warhol/Morrissey eurent l’heur de m'obnubiler grâce aux efforts, ici payants, du gars René, jusqu’à ce que je les vis et revis (pour certains), le choc le partageant alors parfois à la circonspection crasse de l’ado, amateur pour de mauvaises raisons (alors).
Car que dire à l’époque de ces zombies tout bleus, de cette tronçonneuse qu’on ne voit rien trancher, de ce serial killer rivalisant de sueur et de ridicule, de ce Frankenstein un peu pédé ou de cet aubergiste foireux et de son crocodile ringard ? Le maigre cerveau palpitant parfois derrière mon acné ne le savait pas toujours…
Parce qu’au fond, ce tri de grains et d’ivraies évoqué plus haut, m’importait peu, à dire vrai. L’accumulation, la surenchère, l’amas inconsidéré nourrissaient davantage ma démarche qu’autre chose. Ainsi les premiers Craven et quelques Carpenter me barbaient volontiers, tandis que des choses plus immédiates, balisées, récoltaient les louanges dont j’étais pourtant prodigue. Mais qu’importe, il m’en fallait plein les poches !
Je bichais ainsi davantage Frère de Sang ou Re-Animator mais aussi les plus faiblards Incroyable Alligator et Jaws 3D, que les latins Fulci et Argento, dans leurs frasques les plus sanglantes, ou les premiers "living deads movies" de Romero auxquels je préférais même un temps les panouilles opportunistes et teenage-gore de type Dan O’Bannon (Le Retour des Morts-Vivants, 1985).
Mais je m’envoyais tout, sans distinction, crottes, croûtes et cracks, les poches voulues pleines, j'vous dis !
Toutefois, cette matière vidéo accumulée, grâce à René Château et à d’autres, parfois réévaluée (mais pas toujours), m’a permis avec le temps de construire cette cinéphilie particulière qui est la mienne, l’a enfin éclairée, organisée.
Et c’est pourquoi, fort de cette culture plus aiguë, sachant ce que je sais aujourd’hui, je programmerais volontiers la DeLorean du Doc Brown non pas en 1955.
Mais bien en 1984.
Direction Locatel.
Chaque éditeur avait sa patte, son style. Seul le crapoteux sensationnalisme faisait office de point commun, béni travers !
Hollywood Vidéo (Evil Dead, Creepshow, mais aussi les improbables Proie de l’Auto-Stop et Parasite) avec la moitié de son catalogue dessiné par un seul et même graphiste, versé sur le tout pour l’image, choc et bariolé, ou encore Thorn Emi Video, plus austère (le dos des vidéos « première époque » offrait un placard de texte du plus repoussant effet) qui faisait se côtoyer Brazil, Dead Zone et La Dernière Vague (soit un fantastique auteuriste, ou à tout le moins ambitieux) avec des Dar l’Invincible ou autres Louferignories (Hercules) post-Conan.
A ce petit jeu du tirons-bien-bien-vers-le-bas Virginia Distribution (Meurtres au Crayon) détenait sans doute la palme de l’indigent et du n’importe quoi, vendu le plus ignominieusement du monde, pourtant copieusement bataillée.
Mais dans ce maelström d’images insensées et scandaleuses*, un petit bonhomme tirait toutefois une épingle du jeu toute particulière.
Alors qu’il brillait sur les grands écrans en finançant tout ce que Bebel nous livrait de pourtant plus boiteux (Le Marginal, Les Morfalous, etc .) et que sa licence vidéo de Bruce Lee lui assurait un culte par ailleurs justifié, René Château eut un pif, à la fois éditorial et artistique, en balançant son exceptionnelle série des Classiques de l’Horreur et de l’Epouvante.
Une série initiale strictement interdite aux moins de 18 ans de 10 premiers crus numérotés du genre (Massacre à la Tronçonneuse, Maniac, Zombie, en tête), livrée dans un packaging tout à la fois solennel et sensationnaliste (qui voit de plus en plus la Censure comme un gage de qualité), et siglée de l’implacable slogan : Les Films que Vous ne Verrez Jamais à la Télévision !
Trônant parmi les nanars (ou d’ailleurs les perles massacrées par d’autres distributeurs moins talentueux), les VHS des Classiques… se repéraient au premier coup d’œil, qu’elles avaient de surcroît éminemment hypnotiseur.
Inutile ainsi de dire que si Zombie et Massacre… n’avaient eu besoin de lui pour parfaire leur légende (et encore que !), des titres comme Inseminoid, Le Crocodile de la Mort ou les Flesh… et Blood… de Warhol/Morrissey eurent l’heur de m'obnubiler grâce aux efforts, ici payants, du gars René, jusqu’à ce que je les vis et revis (pour certains), le choc le partageant alors parfois à la circonspection crasse de l’ado, amateur pour de mauvaises raisons (alors).
Car que dire à l’époque de ces zombies tout bleus, de cette tronçonneuse qu’on ne voit rien trancher, de ce serial killer rivalisant de sueur et de ridicule, de ce Frankenstein un peu pédé ou de cet aubergiste foireux et de son crocodile ringard ? Le maigre cerveau palpitant parfois derrière mon acné ne le savait pas toujours…
Parce qu’au fond, ce tri de grains et d’ivraies évoqué plus haut, m’importait peu, à dire vrai. L’accumulation, la surenchère, l’amas inconsidéré nourrissaient davantage ma démarche qu’autre chose. Ainsi les premiers Craven et quelques Carpenter me barbaient volontiers, tandis que des choses plus immédiates, balisées, récoltaient les louanges dont j’étais pourtant prodigue. Mais qu’importe, il m’en fallait plein les poches !Je bichais ainsi davantage Frère de Sang ou Re-Animator mais aussi les plus faiblards Incroyable Alligator et Jaws 3D, que les latins Fulci et Argento, dans leurs frasques les plus sanglantes, ou les premiers "living deads movies" de Romero auxquels je préférais même un temps les panouilles opportunistes et teenage-gore de type Dan O’Bannon (Le Retour des Morts-Vivants, 1985).
Mais je m’envoyais tout, sans distinction, crottes, croûtes et cracks, les poches voulues pleines, j'vous dis !
Toutefois, cette matière vidéo accumulée, grâce à René Château et à d’autres, parfois réévaluée (mais pas toujours), m’a permis avec le temps de construire cette cinéphilie particulière qui est la mienne, l’a enfin éclairée, organisée.
Et c’est pourquoi, fort de cette culture plus aiguë, sachant ce que je sais aujourd’hui, je programmerais volontiers la DeLorean du Doc Brown non pas en 1955.
Mais bien en 1984.
Direction Locatel.
* sur lequel nous reviendrons, éditeur par éditeur, c’est promis !

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