Evoquée à tous coups, complice d’époque et de penchant, dégourmeuse presque, avouons-le !, la revue Mad Movies est coupable, coupable et recoupable de mon égarement à jamais dans les allées peu fréquentables des vidéo-clubs d’antan.
Si fait, pas de chichi, si fait. Indeed, dirait-on chez Hammer.
Le n°37 de la publication faite Bible contresigna en effet ma perte.
Acheté en septembre 85 (fortine donc), sur couve, grâce à la gueule du Mel Gibson revêtant une troisième fois les frusques "tout cuir et poussière" de Max le Road Warrior, mais surtout pour cet alléchant terme, cette promesse de dossier en béton : le Gore (ou l’horreur à l’écran).
Un rapide feuilletage sur place à la Presse Lecoeur (ou plutôt chez Breux ? Je ne sais plus… (mais Breux, sans doute)) dut me faire conclure l’affaire, tant les pages semblaient dispendieuses en têtes tranchées et autres extrémités malmenées (la pendaison mammaire de Cannibal Ferox !).
Allez paf !, v’là vos 20 francs.
C’était fait: la bande à Jean-Pierre Putters (une somme, le mec !), mieux qu’un Bebel de 75, m’avait méchamment alpagué.
Tout, parmi ces pages, me fut instantanément et culte et familier, ou presque : je crevais de voir Riot on 42nd Street (ce que je ne fis cependant pas, qui m'en blâmera ?) qui semblait charcler grave (alors que sans doute pas...), Lifeforce (finalement faible) me titillait sans relâche (pensez !: une fille française à poil tout le long (Mathilda May, débutante), des effets visiblement renversants (du zombie « sec ») et ce nom de Tobe Hooper dont je n’avais encore rien vu depuis la flippe Poltergeist), Mad Max 3 bien sûr (sur le tournage duquel Dionnet et Manœuvre avaient été pour Les Enfants du Rock, non ?)… Et mon dossier Gore.
Re-Animator, Le Jour des Morts-Vivants, mes favoris, aux côtés des moins glorieux Ilsa, la Tigresse du Goulag (saga relevant de tics et lexiques volontiers plus « pornos » que proprement « gore »), Scalps, Mask of Murder et les envolées crapecs des Deodatto cannibaleux.

Au détour d’une page, un placard publicitaire m’apprenait incidemment la naissance chez Fleuve Noir, d’une collection de bouquins dont je me trouvais cœur de cible : GORE - il ne m’en fallait pas plus, c’était alors mon Sésame ! – (j’en dévorerais les 20 premiers volumes, sans doute, m’en faisant même offrir en cachette par ma marraine à Noël, camouflant par la patine de l’horrible, la dimension souvent pornographique des textes (cf : La Tronçonneuse de l’Horreur !)).
J’emportais le magazine en classe pour écœurer les filles et impressionner les garçons tout en me promettant de suivre les chroniques vidéo (dont je ne retenais finalement que les photos !) pour me louer tout ça dés le week-end suivant : à moi l’évident Cujo (pourtant peu estimé) et le sulfureux New-York 2H00 du Matin, de Ferrara, qui avait l’air bien glauque et bien chaudard (ce qu’il ne s’avéra être que partiellement).
La dimension fanzine, la proximité avec le lecteur (le culte bricolo alors du make-up et des FX !), le choc occasionné par les photos, abondantes, et l’ouverture sur un monde à pour lequel, dans mon entourage, je me sentais seul initié, … tout concourra à me faire élire Mad Movies (suivront comme je l’ai déjà dit L’Ecran… et Starfix) comme étendard cinéphile et philosophique pour la décennie à venir.
Mais s’il est un titre avec lequel je me distinguais alors plus encore (le culte de l’affaire étant double puisque ce fut la seule fois que j’ouvris ce magazine (avant le mois dernier, bicoze Technikart, auquel je suis abonné, me l’a fait envoyer ?!)), c’est bien le n° daté de décembre 83 de la revue éroticotechnique Photo.
L’histoire est désormais brumeuse, peut-être volontairement floutée, et je ne sais plus très bien comment ces pages me tombèrent sous les yeux pour me marquer à jamais. J’ignore même si je les vis à l’époque de leur sortie ou quelques années plus tard.
Toujours est-il que pour un adolescent versé sur les têtes tranchées et les barbaries complaisantes à la Deodatto évoquées plus haut, j’allais en avoir pour mon argent :
au cœur du numéro 195 de la revue de Frank Ténot, alors que la une n’en faisait qu’une discrète mention et que je m’apprêtais dés lors à lorgner innocemment quelques clichés - dits artistiques - de jeunes femmes peu farouches (ah ! les photos de Dahmane et Raphaëlle dans Paris…), se nichait un « cahier spécial fermé », proposant les photos de la PJ sur les lieux de l’Affaire Sagawa.
L’affaire Sagaquoi ? Pour faire court, le petit japonais (1,48m, 41 kg) qui mangea la grande hollandaise.
Un fait divers effroyable et particulièrement retentissant (jusqu’à une chanson des Stones et une autre, moins fameuse, des Lendemains Qui Chantent), qui vit la découverte à Paris le 15 juin 81 (jour de mes 10 ans) des restes d’une étudiante qu’un amoureux pas assez considéré - et un peu soupe-au-lait - entreprit de violer, tuer, équarrir et, accessoirement, grignoter un peu (le jeudi précédant son arrestation, il dînait d’une cuisse-petit pois). Ouah.
Et donc, au cœur du magazine, 12 clichés N&B (ouf !), d’abord contextuels (et parfaitement fascinants : la kitchenette ! Il l’a poêlée à la Huilor, putain !!) puis effroyablement explicites, du sort fait à la jeune Hartevelt, bouffée pour partie à l’age de 25 ans*.
L’effet sur moi n’avait rien de comparable avec les travaux de Ed French à la page 15 de Mad Movies.
D’un côté du cinéma, l’évidence du cinéma, d’une technique particulière. De l’autre, une autre. De technique. Mais le fossé était abyssal, bouleversant. Des membres, dans les deux cas, de l’aberration anatomique certes.
Et alors oui, plastiquement: deux chocs, oui, je l'ai dit.
Mais l'évidence aussi que philosophiquement, les deux choses n'avaient évidemment que peu à voir, et que les distances, les élans n'étaient en rien les mêmes.
Et, bienheureusement convaincu, dés ce jour la confusion ne fut plus jamais possible: je n’allais pas dessouder tout mon collège parce que je regardais trop de films d’horreur.

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