Mar 18, 2005

Troubles in Suburbia

La famille est volontiers déséquilibrée, monoparentale, en passe de l’être. En difficulté professionnelle ou peu considérée par le voisinage. Sourde crise, étouffée…, germant indiciblement. Vulnérable, la smala.
Et, si le couple est lisse, les enfants alors se chargent de la sape: guéguerre entre aînés et benjamins, filles tapant sur les garçons (le contraire ?), hormones et popularités, intérêts contrariés, chaos scolaire. Le boxon, quoi.
Le quartier toutefois est souvent riant, suburbain et plutôt vert. Le bicross y est roi, les cabots aussi (heureux, ils s’en sortiront toujours !); les station-wagons arpentent les rues, pleines de leurs papas à lunettes et, en odorama, tout ceci sentirait le hamburger grillé, le samedi venu.
Voilà.
Nous y sommes !
Le parfait petit théâtre du Teenage-Movie.

Le balcon et le jardin sont alors disputés par deux producteurs au sommet de leur art : le gars Hugues (34 ans en 84, a déjà mis les mains dans 6 films aux succès tout relatifs) d’une part, et de l’autre le père Spielberg (37 ans, mimines impliquées dans 12 films de cinéma dont de colossales réussites: Les Dents de la Mer, Les Aventuriers de l'Arche Perdue, etc.).
La coming-of-age comedy et le fantastique familial vont connaître en effet à travers ces deux hommes leur heure de pleine et entière gloire (80-89).

L’un laissera les tracas de l’adolescence fleurir comme autant de petits boutons sur le cul d’une Amérique apparemment docile et idyllique.
L’autre y fera surgir les monstres du placard : fantômes, bébêtes, failles temporelles ou mondes cachés… toujours sur le pétard de cette Amérique. Impeccable. C’est certes plus inoffensif que les paraboles ultra-violentes et post-Vietnam de Romero, Hooper et Craven, mais le genre est là, avec ses codes et ses contingences "grand-publiques". D'ailleurs ces productions ne s’avèrent pas aussi lisses que ça. Sous des dehors proprets et thanksgiving-iques, le politiquement correct ne règnera pas toujours 24 images par secondes. Que non.
Parce que des boutons, ou des monstres, sur le cul, même s'il est tout rose... et ben à un moment ça gratte quand même.
Happy Birthday, Une Créature de Rêve, Breakfast Club, Pretty in Pink, La Folle Journée de Ferris Bueller, … ET, Poltergeist, La Quatrième Dimension, Gremlins, Retour vers le Futur, les Goonies, …

Deux options. Deux options politiques, thématiques, artistiques. Economiques certainement aussi : tous ces titres feront le bonheur tour à tour des box-offices puis des rayons des vidéos-clubs – le nôtre en somme ! D’aucuns voudront alors à plusieurs reprises étouffer nos deux aminches avec la guimauve qu’ils nous servent prétendument, les imbéciles (nous renverrons ces derniers à notre convaincant passage sur le grattage de cul).
Mais nos gros malins auront pourtant réussi quelque chose de suffisament rare, oui. Même par le fruit d'hybridations et de recyclages, les deux hommes ont inventé un genre: le teen-movie "so 80's".
Déjà plus premier degré (American Graffiti l'était-il encore ?) mais pas encore post-moderne (l'épuisant réveil d'après-Scream !). Le fil du rasoir, l'équilibre entre deux philosophies (mais la fin d' un état de grâce aussi, le film d'exploitation autrefois bricolé et cheapy devenant une affaire à gros budget). Un filon nouveau, allez.
Au point que des outsiders, nouveaux venus ou vétérans, livreront bataille sur les domaines gardés :Steven S. verra ainsi ses plates-bandes foulées par S. Barron (Electric Dreams), par le multi-récidiviste et soudainement assagi John Badham (Wargames, ou son éhonté ET-like Short Circuit !), le frayant Nick Castke Jr (Starfighter), l’encore rouquemoute Ron Howard (Splash), le parfois transfuge Joe Dante (Explorers) ou l’habituellement hawksien John Carpenter (Christine*)…
Quant à John H. il sera bon pour repasser le râteau dans l’allée piétinée par le gros mais parfois subtil Rob Reiner (Le Coup Sûr), ou les indigents Robert Rosenthal (Zip !), Michael Gottlieb (Mannequin) et Lewis J.Carlino (Class). Sans oublier les proto-American Pie que nous livreront les désespérément pugnaces Bob Clark (Porky’s 1&2) et Neal Israel (Le Palace en Délire), ces derniers devant autant au John Landis d’American College qu’à notre bon copain Hugues !

Alors peut-être que oui, ou plutôt non, Steven Spielberg et John Hugues ne nous auront pas tricoté que des chefs-d'oeuvre... mais... mais. Mais merde.
C'est ça aussi, l'esprit Locatel.
Lo-Ca-Tel.


* Il va sans dire d’ailleurs que quiconque adaptant à l’époque la moindre liste de courses de Stephen King,
lorgnait immanquablement vers l’Amblin’s touch (la société de prod de Spielberg),
tant les démarches et les univers des deux gugusses, Steph’n’Steve’
(qui n’ont jamais collaboré d’aucune manière ?!), sont alors proches.

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