Mar 22, 2005

Junk Culture à l'André B.

Parfois André m’autorisait, lorsque les séances étaient peu garnies, à vendre les bonbons de l’entracte. Panier d’osier, glaces Miko, Chocoletti (des chocolats ca-rrés, ca-rrément bons) et pop corn Baff (le grain d’maïs joufflu qui se la pète en planche à voile). Cet insigne honneur me faisait sacrifier cependant un incontournable :
le visionnage des bandes-annonces.
André en collait un max, en première partie, un presque quart d’heure (hors pub), sinon davantage. Souvent ce pré-programme demeurait immuable des semaines (des mois ?) durant. On y voyait des films déjà passés et d’autres qu’il ne projetterait peut-être jamais.
Pas regardant, il enquillait les bandes à l’aveugle, faisant parfaitement s’enchaîner Brisby et le Secret de Nihm (dessin animé circa-Disney, par l'échappé Bluth) avec Megavixen (...), puis Terreur à l’Hôpital Central (Visiting Hours, 1982) et leurs visuels prodigieux.

Ce moment des BA relevait du culte pour moi, me passionnait alors autant que le film à suivre. Je crus longtemps ainsi avoir vraiment vu De Si Gentils Petits Monstres (The Children, 1980) alors que ce n’était que le teaser (interminable il est vrai !) de ce nanar fauché que j'avais tant de fois gobé.

A l’image de ces BA, le hall de la salle unique croulait sous les affiches 40x60 de films qui ne mettraient jamais la péloche en Normandie : mis en appétit par sa mise, je ne vis jamais pourtant l’Homme au Deux Cerveaux (Carl Reiner, 1983), et que beaucoup plus tard Britannia Hospital (Anderson, 1982) ou le re-sortant Soldat Bleu (western ultracomplaisant au visuel peaux-rouges/bondage) !

Les logos des distributeurs n’avaient par ailleurs aucun secret pour moi (celui de United Artists m’angoissait plus que de raison, avec son UA stylisé et métallique, se tournant peu à peu face à nous sur fond d’orchestre à cordes explosives).
La salle ne la ramenait pas pendant l’annonce de Poltergeist mais chacun se promettait de ne pas louper, si d’aventure il passait, ce curieux Hot Dog visiblement hilarant et prodigue en nichon canadien (ce qu’il était dans sa seconde promesse).

De manière générale, je ne manquais pas beaucoup des films projetés par André à l’André Bourvil :
Ghostbusters, Gremlins, Les Exterminateurs de l’An 3000 (Il Giustiziere della Strada, 1983), Terminator (Delphine dut se blottir contre moi, s’identifiant par trop à Sarah Connor), Dangereusement Vôtre, Karaté Kid (la salle se levant pour applaudir au climax final !), La Fureur du Dragon (le Retour… aussi je crois), Monty Python à Hollywood, mais aussi les premiers Police Academy, Zéros de Conduite (Moving Violations, 1985, par le scénariste des Police Academy justement !), Salut l’Ami Adieu le Trésor (Hill/Spencer ‘fcourse), Cannonball 1 & 2 (bienheureux tandem Hal Needham/Burt Reynolds !), Retenez-Moi ou Je Fais un Malheur (une des deux tentavives frenchies et ovniesques de Jerry Lewis, ici avec Michel Blanc !!) et j’en passe des brouettes de comédies françaises et/ou familiales des gars Francis (Veber, Perrin, …) et autres fleurons d’alors.

Et E.T. E.T. de renversante mémoire.
André, ne voulant refuser personne à cette première séance de samedi aprèm’, avait récupéré toutes les chaises de ses appartements (dont le restaurant du deuxième étage !) pour faire entrer un maximum de monde dans sa salle. Sa salle comble, mûre, pleine à craquer, prête à chialer (putain, dites : quand la fleur se fane !!).
Le retard pris par cette altruiste manœuvre fit d’ailleurs que mon petit frère (9 ans alors !) ne put voir le film jusqu’au bout : il devait filer à Paris avec une camarade à lui pour assister à Champs-Elysées* !! Contraint d’abandonner Elliott pour Michel, il quittait la place, enragé de frustration, dur !
Il saurait seulement des années plus tard que le téléphone-maison avait bien fonctionné, ouf (aïe ?).


* Pas bégueule, il me ramènerait de cette émission,
où se produisirent Musical Youth et Michel Serrault,
un autographe béni de Richard Gotainer.

2 commentaires:

Sonic Eric said...

Encore plus long, encore meilleur ! On attend déjà la suite avec impatience !

Thiburce said...

Pour l'autographe de Gotainer, je n'allais quand même pas donner à Mariaque le deuxième que j'avais réussis à obtenir ce soir là, à savoir ce lui de Danny Saval...